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13.10.2008

"Ma lettre aux ivoiriens": discours programme du candidat Bédié

Dans la continuité du débat d'idées (virtuel ou "physique"), bon nombre de personnes nous ont demandé la nature du programme de société du candidat du PDCI .
Non sans leur avoir rappelé les 12 Travaux de l'Éléphant d'Afrique qui étaient en exécution jusqu'à Décembre 1999, nous leur avons inlassablement expliqué que le programme du candidat du PDCI ne pouvait se dérober de ce pragmatisme riche en expérience et en efficacité, depuis l'époque Houphouet Boigny, où notre candidat a appris auprès du père-fondateur, à l'époque 1994-1999 où ce dernier a pu mettre en exergue l'expérience acquise dans la gestion des affaires d'État.
Contrairement à ceux qui ont fait l'apologie des coups d'État et de la déstabilisation de la démocratie, et malgré les tentatives répétitives de sabotage de la maison PDCI, nous sommes restés rattachés aux valeurs d'Houphouet Boigny, socle du succès du modèle de développement de notre parti (Parti Démocratique de Côte d'Ivoire) au service de la nation .

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Les ivoiriens ont naturellement besoin de savoir ce que le candidat du PDCI promet de faire pour remettre ce pays sur les sentiers du progrès pour tous , sur le chemin de la croissance économique, de l'industrialisation et du bonheur pour chacun
.

Lisons plutôt le discours programme:

« La conjuration armée qui a abouti au coup d`état du 24 décembre 1999 avait pour cible, au-delà de ma modeste personne, la déstabilisation programmée de la Côte d`Ivoire »
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Mes chers compatriotes,
Souvenons-nous qu`en 1960, sous la houlette éclairée du Président Félix Houphouët-Boigny, la Côte d`Ivoire s`éveillait à la liberté, à la lumière et à l`espoir. L`homme qui était la finalité de la lutte pour l`indépendance a toujours été au centre des préoccupations du nouvel État et de la nation que le PDCI-RDA s`est engagé à construire. Quarante années durant, nous avons inlassablement œuvré à la réalisation de cet objectif majeur, celui de la recherche du progrès et du bonheur des Ivoiriens.
La conjuration armée qui a abouti au coup d`état du 24 décembre 1999 avait pour cible, au-delà de ma modeste personne, la déstabilisation programmée de la Côte d`Ivoire dans ce qui constituait son âme, son essence, la vision qu`en a forgée le PDCI-RDA à travers son projet de société et d`émancipation de l`homme ivoirien. Rien d`étonnant, dans ces conditions, qu`à l`élection présidentielle organisée, dix mois après ce coup de force, tout ait été mis en œuvre pour écarter injustement les candidats se réclamant du PDCI-RDA.
Face à cette injustice, vous avez su rester dignes, constants et fidèles à notre parti et à ses idéaux. Cette détermination donne au monde la preuve de l`enracinement du PDCI-RDA. Je voudrais donc ici publiquement et solennellement rendre un hommage appuyé à vous tous, cadres, responsables à la base, militantes, militants et sympathisants, qui avez su maintenir debout notre grand mouvement d`avant-garde. Ces remerciements sont d`autant plus justifiés que par votre dévouement à notre parti vous avez sauvegardé les chances de survie de notre beau pays.
Depuis l`exil forcé auquel ce coup d`Etat m`a contraint, je n`ai jamais cessé de consacrer toute mon énergie et mon intelligence à penser la Côte d`Ivoire dans son ambition légitime d`entrer avec succès dans le troisième millénaire. Je n`ai jamais cessé également de penser à notre parti, à l`avenir de nos jeunes et de nos femmes, au peuple de Côte d`Ivoire dans toutes ses composantes si injustement précipité dans le désarroi et la détresse.
Certes, depuis mon retour d`exil, le 15 octobre 2001, il m`a été donné, à diverses occasions, de m`adresser aux militants du PDCI-RDA sur l`état désastreux de la nation et sur la vie de notre parti, d`animer des rencontres au niveau des instances, de prendre position, de donner des avis et des interviews sur tous les sujets qui agitent notre pays depuis près de huit ans.
Mais durant ces longues années, chères sœurs et chers frères, le contexte politique national caractérisé par le manque de visibilité ne m`a pas permis, à mon corps défendant, de parcourir nos régions, nos villes et campagnes pour saluer nos vaillantes populations durement éprouvées par la crise.
Comme vous le savez, la volonté manifeste du régime FPI de se maintenir au pouvoir sans élections a aggravé l`absence de perspectives politiques claires telles que nous les avons recherchées dans le cadre des divers accords de sortie de crise à travers des élections justes, transparentes et ouvertes à tous.
Je vous ai souvent dit combien il convenait d`adapter notre attitude à cet objectif, en évitant les surenchères inutiles, les affrontements stériles au sein du parti, les rivalités qui nuisent à la cohésion et qui n`ont d`autre conséquence que celle de nous fragiliser face à un adversaire politique tricheur et sans scrupule.
Au cours des sept années de régime du FPI souillées par le sang, marquées par la violence, la souffrance, la frustration et les illusions perdues, je n`ai jamais changé d`attitude ni été résigné face à l`adversité. J`ai vécu et je continue de vivre au quotidien la gravité du sort réservé à notre pays, aux Ivoiriens et aux populations résidant en Côte d`Ivoire.
J`ai usé de tous les moyens d`opposition démocratiques et républicains en vue de soustraire notre pays à la décadence où l`incurie, l`irresponsabilité, la mauvaise gouvernance du régime FPI l`ont précipité. Aussi, ai-je mis un point d`honneur à participer à toutes les rencontres et à défendre les intérêts de la Nation là où se jouait son avenir, c`est-à-dire le retour à la paix.
Ainsi, après les efforts accomplis pour retrouver la paix à Marcoussis, à Accra et à Pretoria sous l`égide de la Communauté internationale, sans compter les rencontres d`Abidjan et de Yamoussoukro, nous en sommes aujourd`hui arrivés à l`accord de Ouagadougou.
Ces efforts auraient pu être couronnés de succès si le pouvoir FPI, après avoir usé deux Premiers ministres et souvent humilié des Chefs d`Etat et médiateurs étrangers désireux d`aider à notre réconciliation, n`avait constamment par des manœuvres dilatoires renié ses propres engagements, ses propres signatures et élevé des obstacles au processus pour le retarder.
Souvenons-nous, chers compatriotes, que le dialogue direct engagé à la diligence bienveillante du Président Blaise Compaoré, avait été proposé cinq ans plus tôt par nous. Il est manifestement établi aujourd'hui que le régime en place s`est volontairement accordé ce long délai pour se maintenir illégalement au pouvoir, organiser le pillage systématique des richesses nationales avec pour conséquences, la ruine de l`économie ivoirienne et l`aggravation de la pauvreté.
Depuis le 4 mars 2007, la signature de l`accord politique de Ouagadougou et les actes qui l`ont accompagnée ont ouvert de nouvelles perspectives qui nous permettent, enfin, de fixer nos objectifs et d`élaborer notre stratégie électorale. Pour nous, la voie des urnes demeure l`unique moyen pour la reconquête du pouvoir. Car, mon ambition de faire de la Côte d`Ivoire "un pays industriel en l`espace d`une génération n`est pas une utopie, c`est un objectif majeur." Cet objectif majeur s`est élevé au stade d`un rêve de réussite, de progrès et d`espérance qui m`a conduit à forger le concept de l`Eléphant d`Afrique qui reste plus que jamais d`actualité.
Avant de poursuivre, je voudrais redire mes remerciements au Président Blaise Compaoré pour son engagement personnel en faveur de la paix en Côte d`Ivoire.
Je voudrais, également, exprimer ma gratitude à l`Organisation des Nations Unies, à la Communauté internationale, à l`Union Africaine, à la CEDEAO et à la France pour leur présence et leur appui constants dans le processus de résolution de cette crise en vue de l`instauration de la paix en Côte d`Ivoire.
Chères Ivoiriennes et chers Ivoiriens, la crise que nous vivons n`est pas une fatalité. C`est un défi qu`il nous faut relever. Nous le devons et nous le pouvons, car le PDCI-RDA, debout, est en marche pour la victoire afin de reprendre son œuvre de développement pour le "progrès pour tous et le bonheur pour chacun".
Dans cette perspective, il nous faudra identifier les mesures et actions à court, à moyen et à long termes, fondées sur des stratégies appropriées. Pour l`heure, je voudrais avec vous esquisser quelques éléments des mesures et actions que nous comptons déployer dès que le peuple de Côte d`Ivoire nous aura accordé à nouveau sa confiance.

I. Restaurer l`autorité de l`Etat et consolider la conscience républicaine.

1.1. La restauration de l`autorité de l`Etat.

En tout premier lieu, il conviendra de restaurer l`autorité de l`Etat et de renouer avec la conscience républicaine.
L`anarchie délibérément instaurée dans notre pays, l`irrévérence, l`incivisme et le désordre qui en ont résulté, ont gravement atteint l`autorité de l`Etat et paralysé son fonctionnement. Constamment sollicitée pour imposer la dictature, la rue, sous la houlette du FPI, a remplacé les institutions de la République. Il n`y a plus d`Etat, les institutions n`existent plus que de nom, entraînant la dilution de l`autorité. Ses prérogatives ne sont plus exercées que par des personnes ne détenant aucun mandat du peuple et ne disposant d`aucun statut institutionnel. L`Etat n`étant plus une référence morale, l`administration s`est délitée et désagrégée au point de ne plus être en mesure de répondre aux exigences du service public, entraînant ainsi le désarroi des usagers. La neutralité et l`impartialité de l`Etat ont été profondément entamées par des recrutements partisans au mépris des critères de compétence.
Dès notre retour au pouvoir, il nous faudra immédiatement restaurer l`autorité, la neutralité et l`impartialité de l`Etat, des Institutions, de l`Administration et consolider la conscience et la responsabilité républicaines. Dans ce registre, nous nous attacherons prioritairement à la réforme de notre Armée.

1. 2. La réforme de l`Armée.

Durement éprouvée par cinq années de vains sacrifices consentis au cours d`une guerre que nous aurions pu éviter, l`âme républicaine de notre Armée a subi tant d`assauts qu`elle s`est fondue dans le clanisme. Du coup, elle a perdu son caractère et le sens profond de sa mission républicaine. Le PDCI-RDA s`emploiera à la reconstruction de nos Forces de Défense et de Sécurité afin d`en faire une institution nationale digne, compétente et capable d`assumer sa mission au service de la Nation.
Les tensions actuelles qui traversent cette haute institution n`honorent pas la Côte d`Ivoire, encore moins les militaires eux-mêmes dont une minorité continue d`abaisser le prestige par des pratiques répréhensibles aux antipodes de la grandeur à laquelle elle doit tendre.
La grande majorité des cadres militaires et des soldats, qui réprouvent l`affairisme, les méthodes, les pratiques, les recrutements anarchiques, le clientélisme et le clanisme qui gangrènent leurs corps, ne cachent pas leur désillusion sinon leur dépit. Une Armée doit incarner les grandes vertus de l`éthique civique et susciter le respect et l`estime du peuple.
Pour renaître, notre Armée nationale devra admettre impérativement les principes fondamentaux de discipline, de compétence et de mérite qui en forgent la grandeur et la noblesse. Le PDCI-RDA œuvrera pour lui assurer force, crédibilité et prestige nécessaires à sa mission.

II. Rebâtir la paix et la sécurité

2. 1. Nous devons rebâtir la paix et la sécurité en prenant des mesures d`urgence et d`assistance aux populations.
Une administration restaurée ne saurait s`accommoder d`une justice aux ordres, dont les manquements à l`éthique judiciaire ont laissé prospérer l`impunité au point de se renier elle-même.
Comment comprendre, en effet, que pendant sept ans, nous n`ayons pu élucider, en dépit de nombreuses commissions d`enquêtes mises en place, la grave question des escadrons de la mort, les violations flagrantes et massives des droits de l`homme, les incendies de marché et de bureaux, les menaces sur la vie des personnes, les crimes, les meurtres, les assassinats, les enlèvements crapuleux, les détentions arbitraires, les fosses communes, les charniers, qui ont endeuillé les familles et constitué des faits notoires qui ont défrayé la chronique ? Devant tant d`exactions, tant de cruauté et tant de délits, comment notre justice a-t-elle pu se satisfaire de cette situation d`impunité ?
Il nous faudra donc réformer la justice pour garantir le droit, les libertés individuelles et collectives, dans un vaste mouvement de consolidation de la sécurité judiciaire pour tous les citoyens, pour tous les opérateurs économiques, investisseurs nationaux et étrangers.
Pays de liberté et d`hospitalité, comme le proclame notre hymne national, la Côte d`Ivoire doit pouvoir assurer à ses citoyens et à ses habitants la protection indispensable à leur plein épanouissement dans un environnement sécurisé et propice aux affaires, à l`éducation et à l`édification des jeunes.
Dans l`ordre de ces mesures d`urgence, une place de choix sera accordée au monde paysan. La détresse du monde rural qui, au cours des sept dernières années, a payé un lourd tribut à la crise, sera prise en compte. Nous mettrons en œuvre une politique d`assistance agricole garantissant à tous des revenus substantiels et stables. Cette politique est aux antipodes des promesses démagogiques du FPI qui ont conduit à la faillite de nos campagnes et de nos paysans. Ceux-ci sont délibérément plongés dans la pauvreté et la misère par le pillage organisé du fruit de leur travail. Le taux de pauvreté approche, aujourd`hui, le seuil des 45% alors qu`il y a peu, il était de 33% ! La paupérisation aggravée par la hausse anarchique des prix des biens de consommation courante est donc à son comble! Elle nous commande la prise en compte urgente du monde rural dont le fruit du travail est dilapidé à grande échelle par le régime en place. L`assistance aux populations, qu`elles soient rurales ou urbaines, comprendra la réparation des dommages causés aux victimes de la guerre et aux déplacés. Ce défi sera relevé.

2.2. Nous devons rebâtir la paix et la sécurité en l`inscrivant comme une priorité de l`action gouvernementale.
La sécurité des biens et des personnes sera inscrite comme une priorité de l`action gouvernementale et des moyens seront mis en œuvre pour en garantir l`efficacité dans le respect des droits de l`homme et du citoyen. C`est pourquoi, le démantèlement des milices est intimement lié à la paix, à la cohésion sociale et à la réconciliation nationale à laquelle nous nous attellerons sans délai. Dans ce dispositif, l`indépendance du juge sera une pierre d`angle conforme aux principes constitutionnels et de bonne gouvernance.

2.3 Nous devons rebâtir la paix et la sécurité en construisant une démocratie apaisée.
Le PDCI-RDA a une pratique démocratique ancienne qu`il faudra approfondir et poursuivre en vue de la consolidation de l`Etat de droit. Le renforcement de la démocratie par la bonne gouvernance en est le corollaire indispensable. Il suppose une décentralisation pertinente et porteuse de potentialités de développement économique et social en vue de réduire les disparités régionales accentuées depuis la crise inutile dans laquelle le régime actuel nous a plongés. Pour cela, il faudra renforcer la stabilité politique de la nation par la mise en œuvre d`une démocratie apaisée prenant appui sur une administration publique réformée et des institutions consolidées.
Cette démocratie apaisée, que j`ai depuis toujours appelée de mes vœux et pratiquée, est à l`opposé des méthodes de gouvernement et des moyens d`actions politiques du FPI, fondés sur la violence répressive, le déni de justice et les violations massives des droits de l`homme et des libertés. Elle induit une gestion rigoureuse des affaires publiques et la promotion de la bonne gouvernance par la mise en œuvre d`une connaissance profonde des aspirations des populations. La démocratie apaisée suppose également la maîtrise de nos émotions et de nos impatiences face à ce que nous ressentons parfois légitimement comme une injustice et qui pousse au désordre fatal à la Nation. La démocratie apaisée, c`est l`instauration de la confiance, le respect d`une urbanité dans les rapports politiques des citoyens. Car, il est vain de crier, de brocarder ses adversaires, d`insulter. Seule une volonté politique ferme, stable, propice à la discussion et au dialogue permet de démêler les situations les plus complexes.
Les idéaux du PDCI-RDA, dont nous avons tous été imprégnés, nous interdisent, selon les enseignements de Félix Houphouët-Boigny, les attitudes irraisonnées et aventureuses. Dès lors, le PDCI-RDA ne saurait ni ne pourrait faire l`apologie de la violence, physique ou verbale, en s`y adonnant, comme certains ont pensé nous y pousser pour rompre avec notre attitude de réserve et notre sens des responsabilités. Le PDCI-RDA ne saurait imiter le FPI dans ses comportements politiques irrationnels. Pourquoi aurions-nous suivi nos adversaires politiques dans leurs méthodes sanglantes et leurs pratiques violentes alors que la terre promise, dès leur avènement, s`est révélée être l`enfer. L`incapacité du FPI à s`élever et à se conformer à la norme politique rationnelle le disqualifie comme modèle à suivre. Aussi, ma réserve face aux agitations et pratiques du FPI n`a-t-elle pas toujours été bien comprise.
Et lorsque, malgré tout, nous avons voulu manifester pacifiquement et conformément à nos droits constitutionnels pour réclamer la mise en application des accords de paix que nous avions signés ensemble avec le FPI, nous avons été réprimés dans le sang. La marche du mois de mars 2004, interdite, n`avait pas eu lieu. Mais elle n`avait pas moins occasionné cent vingt (120) morts, selon l`ONU, mais certainement plus de cinq cents (500) sans compter les nombreux blessés. L`enquête menée par le PDCI-RDA, confirmée par celle du Conseil de Sécurité de l`ONU en atteste, témoignages et photos à l`appui.
Appuyées par " des auxiliaires ", c`est-à-dire des miliciens à la solde du FPI, comme devait le confirmer le Ministre de la Sécurité Intérieure de l`époque, les Forces de Défense et de Sécurité ont investi les rues, les places, les domiciles et les cours communes pour procéder à des tueries "indiscriminées " de nos militants.
Pour cela, nous n`oublierons jamais les événements des 25, 26 et 27 mars 2004 gravés dans la pierre. Ces événements ont révélé à la face de la nation et du monde entier la dictature sanguinaire du FPI et son visage le plus hideux.
Le silence temporaire qui recouvre ces morts ne signifie pas qu`ils sont oubliés. Le moment venu nous saurons nous en souvenir afin que leur martyre imprègne à jamais nos consciences. Leur sacrifice ne sera pas vain.
D`abord, nous n`aurons de cesse de demander à l`ONU d`être conséquente avec ses principes devant ces violations massives des droits de l`homme. Puisqu`elle a conclu dans son enquête à des " tueries indiscriminées " et qu`elle en a sériées les responsabilités, les sanctions doivent être prises. Il en va de sa crédibilité.
Mais il nous faut dépasser toutes ces perfidies et trouver dans la tragédie ivoirienne les ressorts nécessaires pour rebondir par les élections qui sont annoncées.
C`est pourquoi, je veux ici appeler au rassemblement, à l`union et à la cohésion pour mobiliser nos forces et nos énergies en vue de faire barrage à l`imposture et à la dictature en gagnant les prochaines élections.

III. Se mobiliser pour les élections

Notre mobilisation pour les élections à venir est une absolue nécessité et une ardente obligation.
Les élections sont un passage obligé pour sortir de la crise et permettre au peuple ivoirien de choisir ses gouvernants et ses dirigeants. Ce droit est un des attributs du peuple dont nul ne saurait le priver, sauf à vouloir être illégitime ou dictateur en se plaçant au dessus des lois de la République. C`est dire que la situation présente de la Côte d`Ivoire où des personnes jouent les prolongations à la tête de l`état sans être élues est fondamentalement antidémocratique. Et comme je ne cesse de le répéter, c`est une honte pour la nation ivoirienne. Il nous faut donc aller aux élections.
Cependant, pour être crédibles, les élections doivent répondre à un certain nombre d`exigences démocratiques pour garantir la sincérité du scrutin. Dès lors, toutes les mesures doivent être prises pour assurer à chaque citoyen ivoirien la possibilité d`exercer, en toute liberté, son droit de vote où qu`il se trouve sur le territoire national.
En ce qui concerne les personnes non déclarées à l`état civil, les audiences foraines doivent leur délivrer les actes nécessaires à l`obtention des documents électoraux, en toute impartialité. L`identification des électeurs, la délivrance et la distribution des documents électoraux doivent se faire dans les délais requis.
Point n`est besoin de démontrer l`importance de ces enjeux pour notre parti, enjeux sur lesquels les diverses missions des instances du parti n`ont cessé de vous sensibiliser. Votre mobilisation est à ce point cruciale que je ne crains pas de me répéter : il nous faut à la fois mobiliser nos énergies et toutes nos intelligences afin que chacune de nos militantes, chacun de nos militants, chacun de nos jeunes en âge de voter, chacune de nos électrices, chacun de nos électeurs, sympathisantes et sympathisants du PDCI-RDA, où qu`ils se trouvent en Côte d`Ivoire ou à l`étranger, puissent voter. Gagner les prochaines élections est à ce prix !
Le relèvement du taux de participation de nos électeurs dans toutes les circonscriptions doit être exceptionnel pour porter à la face du monde notre refus de la dictature et du mensonge d`un régime qui n`a fait qu`endeuiller nos familles en semant la mort, la désolation et la misère dans notre pays, naguère si prospère, si fier et si jaloux de son mieux vivre.
Dans de nombreuses régions du pays et singulièrement dans le sud-ouest et l`ouest, les populations autochtones continuent encore, avec la complicité de certains politiciens irresponsables, d`empêcher d`autres Ivoiriens d`accomplir leurs devoirs civiques. Cela doit cesser. Tout Ivoirien, en règle vis avis des lois électorales, doit pouvoir voter.
La sécurisation des élections et des électeurs, notamment dans les zones forestières est pour nous une exigence non négociable. C`est pourquoi, des mesures de protection du droit de vote et de défense devront être prises par les électeurs eux-mêmes en s`organisant partout où besoin sera. Je veillerai personnellement à ce qu`il en soit ainsi et m`assurerai que l`implication des Nations Unies et des forces impartiales, à ce propos, soit garantie. La Côte d`Ivoire est une République. Elle doit pouvoir respecter et garantir partout, sur son territoire national, les droits inaliénables de ses citoyens.
Enfin, la gestion des médias d`Etat doit satisfaire aux exigences de la démocratie et à l`impératif de l`équité. Car, pris en otage par le pouvoir en place qui en a fait son instrument de propagande et d`agitation politiques, ces médias d`Etat se sont transformés en un cénacle de la pensée unique et de la censure des partis d`opposition. Il nous faudra donc veiller à réviser de toute urgence leur ligne éditoriale préconçue et partisane. La démocratie ne s`accommode pas de telles usages et pratiques.

IV. Relancer le développement et la croissance économique

Sous le régime du FPI, l`économie a été totalement ignorée et aucun projet n`est assignable, à ce jour, à ce parti qui s`est payé de mots pour abuser les Ivoiriens. Devant l`absence d`investissements et de réalisations, nous sommes en droit de demander à quoi ont servi les budgets successifs de l`Etat depuis sept ans.
Pour notre part, nous nous engageons à redresser l`économie nationale. Nous veillerons également à la maîtrise de la croissance démographique. Nous remettrons en place une politique vigoureuse d`industrialisation en vue de la relance de l`emploi Nous proposerons, le moment venu, notre programme de développement et de croissance économique. Pour l`heure, je voudrais explorer avec vous, dans ce sens, les grandes lignes des réformes à engager dans l`urgence.
Ces réformes d`urgence pour relancer l`économie et la croissance porteront pour l`essentiel, dans un ordre de priorité qu`il conviendra de déterminer, sur :
- le rétablissement de la confiance en tant que facteur de développement :
- l`élaboration d`une stratégie dynamique pour remettre la Côte d`Ivoire sur la voie de la prospérité et du progrès par le travail ;
- la création d`un environnement propice à l`investissement ;
- la réforme des finances publiques, la mise en place d`un cadre macro économique viable, assaini et particulièrement incitatif pour les opérateurs la mise en œuvre d`une économiques et les investisseurs ;
- fiscalité adaptée et incitative des investissements ;
- l`élimination du harcèlement fiscal des entreprises ;
- l`amélioration du cadre réglementaire et juridique ;
- la gestion moderne de l`Etat et le renforcement de la culture de l`entreprise;
- la réorganisation du secteur commercial en vue de promouvoir le développement de l`industrie nationale ;
- l`ouverture à l`innovation et l`émergence d`une nouvelle génération d`entrepreneurs nationaux dynamiques ;
- l`amélioration de la qualité des ressources humaines par la formation continue des cadres basée sur l`information, le savoir, l`apprentissage tout au long de la vie, la créativité et l`initiative ;
- la promotion d`une politique de crédits ;
- la promotion d`une agriculture modernisée et compétitive ;
- la mise en place méthodique des conditions d`un développement industriel vigoureux, compétitif, par la création de zones franches et d`instruments de conquête de marchés extérieurs ;
- La restauration des infrastructures économiques;
- la réhabilitation des outils et des instruments de production et de développement ;
- la relance des secteurs stratégiques : agriculture, mines, énergie, industrie ;
- la relance des fonds sociaux pour les différents secteurs d`activité (primaire, secondaire et tertiaire) ;
- la sécurité alimentaire par le développement rural ;
- la lutte contre les inégalités et la pauvreté accentuées par la crise;
- la relance de l`emploi et l`exploitation des opportunités offertes par les NTIC ;
- la maîtrise de la croissance démographique ;
- la relance du tourisme par la réhabilitation et la construction de réceptifs et de centres de formation hôtelière en partenariat avec le secteur privé;
- la mise en place d`un programme spécial pour le développement des voieries des grandes villes, des hôpitaux et des universités ;
- la promotion vigoureuse d`une économie de services pour profiter des opportunités offertes par les délocalisations ;
-l`instauration de mesures incitatives pour encourager l`investissement étranger ;
-la reprise des négociations multilatérales et bilatérales avec les bailleurs de fonds et les partenaires au développement ;
- la remise en marche l`Eléphant d`Afrique et des chantiers du futur.

Il y a plus d`une dizaine d`années, j`avais, en 1995, proposé dix sentiers aux Ivoiriens. Le temps a montré la justesse de ces propositions pour un nouveau pacte avec la réussite économique. Les résultats sont là, palpables:
l l`indépendance énergétique du pays grâce à la valorisation du gaz naturel et l`installation des centrales CIPREL et AZITO ;
l l`intensification des explorations pétrolières débouchant sur des gisements mis en exploitation;
l le bitumage de nouveaux axes routiers prolongeant un des plus beaux réseaux routiers d`Afrique et comptant plus de 68.000 kilomètres;
l l`ouverture de milliers de kilomètres de pistes rurales ;
l l`électrification villageoise ;
l l`adduction d`eau dans de nouvelles villes secondaires ;
l la construction de nouveaux amphithéâtres sur les campus universitaires ;
l la création de nouvelles universités : Abobo-Adjamé, Bouaké, Daloa, Korhogo ;
l les plantations clés en mains ;
l la construction de nouveaux centres de santé qui font la fierté des refondateurs, centres de santé qu`ils inaugurent avec force publicité ;
l l`aéroport international Félix Houphouët-Boigny
l le bitumage des routes nouvelles Kanaholo-Korhogo, Katiola-Dabakala, Bondoukou-Bouna, Bongouanou-Mbato, Kotobi-Arrah-Bonahoin, etc.
Le coup d`état de 1999 a mis un coup d`arrêt brutal à ces travaux qui avaient démarré en ce qui concerne :
l le bitumage de la desserte Est Centre d`ANANDA-APROMPRONOU
l le bitumage de la route AKRESSY-ABENGOUROU par ZARANOU
l Le bitumage de la route Blolequin Toulepleu
l Le bitumage de la route Guiglo Taï
l la poursuite de l`autoroute du nord, ABIDJAN-YAMOUSSOUKRO
l le Troisième Pont d`ABIDJAN.
l L`autoroute de PORT-BOUET-GRAND BASSAM
l L`extension du PORT d`ABIDJAN
Tout cela doit être repris, parce que tout cela est nécessaire. Et tout cela peut être repris parce que nous en avons la volonté et la compétence.
Bien entendu, nous aurons l`occasion de revenir sur tous ces sujets d`importance dans mon nouveau programme de gouvernement.

( Suite du discours programme de Bédié )

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